Par Sarah OLIVES – mars 2026.
Le 13 février 2026, s’est tenue la XXIVe Journée d’archivistique d’Angers. Cette journée d’étude est organisée une fois par an par les étudiants du master 2 Archives d’Angers. Elle a pour but de réunir les professionnels et les étudiants autour d’une question archivistique d’actualité. Cette année la thématique était : Archives et environnement : une mutation des pratiques et des usages ?
Le choix de travailler sur la thématique environnementale n’est pas anodin, à l’heure de l’archivage numérique. En effet, la conservation de ces documents est extrêmement polluante et risque de peser de plus en plus lourd dans un monde où les enjeux climatiques deviennent particulièrement préoccupants. Les interventions proposées permettent de réfléchir au rôle de l’archiviste dans la protection de l’environnement.
Ces interventions étaient réparties en 3 axes de réflexion :
Axe 1 : Nouvelles pratiques face aux enjeux environnementaux.
Axe 2 : Des archives de l’environnement ? De l’usage scientifique et militant de ces archives
Axe 3 : Les identités professionnelles au prisme des enjeux environnementaux.
Je ne reviendrais pas sur chaque intervention, bien que très intéressante, j’aimerais faire un focus ici sur certaines qui peuvent, je le pense, apporter une réflexion sur nos pratiques archivistiques. Je parlerais donc surtout ici du premier axe.
L’intervention de Madame Basma Makhlouf Shabou, professeure d’archivistique à la haute école de gestion de Genève, portait sur durabilité et pratique archivistique : enjeux et initiatives.
Après un rappel sur les limites bientôt atteintes de notre planète et l’importance du développement durable dans un contexte archivistique, elle est revenue sur le cycle de vie extrêmement polluant des objets numériques, en particulier leur fabrication et leur fin de vie. A cela s’ajoute dans le contexte de l’archivage, les serveurs pour la conservation des données qui participent au dérèglement climatique. Pour limiter cet impact, la professeure expose que la numérisation croissante doit être particulièrement encadrée. Le poids de l’image et le paramétrage de la numérisation est très impactant mais également la description et la classification. En effet l’image doit rester complètement lisible, et donc être d’une certaine qualité qui augmente son poids. L’archiviste peut jouer sur des descriptions et une classification la plus précise possible pour éviter la multiplication des requêtes pour la consultation ou la redondance des copies pour un même document. Elle invite également à une réévaluation régulière du tableau de gestion pour que la destruction puisse compenser le risque de pérennisation d’informations inutiles ou en doublons.
La chercheuse propose également la numérisation et la diffusion en ligne des archives pour réduire l’impact écologique du transport des lecteurs vers la salle de lecture, en limitant leur venue.
Ses recherches se sont faites dans le cadre du projet Arch4Eco 2023-2025 pour l’élaboration d’un outil d’archivage numérique qui respecte à la fois l’écologie et les règles archivistiques. Les résultats de ces recherches sont accessibles sur internet sous le titre Computational archival processes & assessable sustainability : challenges and opportunities.
Lors de la séance de questions, a été proposé l’idée que l’écologie était une opportunité pour les archivistes de se positionner dans la stratégie numérique de leur entreprise ou institution.
En conclusion : en réévaluant nos pratiques et nos normes archivistiques, nous pouvons devenir un acteur du changement et de la politique RSE de nos organisations.
La deuxième intervention que je souhaiterais évoquer ici est celle des étudiants du master, qui comme chaque année, ont fait un travail sérieux d’enquête et de recueil de témoignage sur la thématique de la journée. Cette année, ils ont travaillé sur la valorisation des archives de l’environnement dans les services publics d’archives. Ils ont pu mettre en lumière que l’utilisation d’archives traitant d’écologie pour le la valorisation dépendait beaucoup du contexte local et d’un souci de cohérence avec les enjeux prioritaires des politiques publiques. L’Intérêt personnel des archivistes pour ce sujet rentrait également en compte. Les sujets abordés étaient souvent sur la flore, les paysages et principalement sur l’eau et les forêts et beaucoup moins sur la faune. Ces actions de valorisation était souvent l’opportunité de créer un lien pluridisciplinaire avec des biologistes ou encore des artistes.
Il est donc possible d’utiliser la valorisation de certaines de nos archives pour proposer une réflexion sur l’écologie. Ce qui pourrait même dans un contexte d’entreprise au contraire de celui étudié pendant cette intervention, mettre en lumière l’évolution de la prise en compte de l’environnement dans la politique de l’entreprise.
Je conclurai ce billet, par l’intervention de Magalie Moysan, maitresse de conférences en archivistique à l’université d’Angers et Charly Jollivet directeur des archives départementales de la Guadeloupe. Elle portait sur les thématiques environnementales au prisme d’archivistes ! et de la gazette des archives. Après un dépouillement des numéros de ces deux célèbres revues professionnelles. Leur constat a été que la préoccupation environnementale était clairement un impensée pour les archivistes. Il n’y que de très rares mentions des enjeux climatiques dans les articles rédigés par des professionnels du métier.
Il ne tient donc qu’à nous professionnels de la gestion de l’information d’en faire un sujet plus présent et de devenir un maillon de la prise en compte des enjeux climatiques au seins de nos institutions.
Toutes les interventions sont disponibles sur la chaine Youtube de l’ALMA :




