Information numérique. Le coût du stockage face au bénéfice du management

La prise de conscience de la nécessité d’une démarche managériale de la gestion de l’information progresse lentement. Les arguments ont du mal à se faire entendre.

Comme le souligne Stephen Clarke dans un récent billet titré « Mythbusting: That storage is cheap » (Pour en finir avec le mythe du stockage pas cher), les responsables de l’archivage passent facilement pour des empêcheurs de numériquer en rond quand ils alertent les dirigeants sur les risques de l’absence de politique d’archivage, sur les risques de non-disponibilité l’information lors d’un litige, d’un audit ou d’une action commerciale, sur les risques de conserver trop longtemps des données sensibles qui devraient et pourraient être détruites, voire sur les investissements que représentent les incontournables migrations de format et de support.

En réponse à leurs explications, l’argument massue du stockage numérique pas cher clôt rapidement la discussion : le coût de stockage du Gigaoctet est dérisoire, et il ne cesse de baisser ; fichez nous la paix avec vos règles contraignantes !

De plus, avec le Cloud, on n’a plus à s’occuper de rien… Retrouver l’information ? Pas de problème, les moteurs de recherche sont aujourd’hui super-puissants.

Cependant, de plus en plus d’études et de témoignages tendent à démonter ce mythe du stockage numérique pas cher, en faisant du même coup un argument choc en faveur de la gouvernance de l’information et de l’archivage managérial.

Quelques chiffres, tirés des études d’IDC et de l’Agence pour la Protection de l’Environnement américaine, et des analyses de Barclay T Blair, David Rosenthal et Maxence Layet :

  • le coût d’un disque est passé de 9,14 $ par Go en 2000 à 0,08 $ en 2010 (100 fois moins). Le coût du matériel est resté stable au cours de la même période, tandis que le coût des logiciels de stockage au plan mondial a doublé (de 5,3 à 11,7 milliard de dollars) ;
  • on constate que les dépenses de stockage numérique n’ont pas baissé alors que le prix des matériels est tombé à 1% de ce qu’il était il y a 10 ans… Parce que dans le même temps, le volume des données a été multiplié par 44, passant de 0,8 à 35 Zo (zettaoctets) !
  • l’accroissement annuel des données est de l’ordre de 50 à 60% (statistiques IDC 2010) mais si on en croit les témoignages d’un certain nombre d’entreprises, dont plusieurs membres du CR2PA, le taux d’accroissement des données sur les serveurs est aujourd’hui plutôt de 80%…
  • le fonctionnement de l’infrastructure web en 2006 aux États-Unis correspond à 1,5 % de la consommation électrique nationale, l’équivalent de la production de 15 centrales à charbon ; et ça continue d’augmenter !

Face à ces chiffres, les avertissements pseudo-écologistes : « Pensez à nos forêts, n’imprimez ce mail que si cela est vraiment nécessaire » sont dérisoires, si à côté on stocke allègrement tous les mails et leurs pièces jointes sans règles, alors qu’il suffit de réfléchir cinq minutes pour constater que sur un stock de 100 000 messages, les trois quarts (75 000 !) voire bien davantage, pourraient être détruits dont la moitié ou plus n’a aucune valeur à être archivée. Et que le super-moteur n’est pas toujours l’instrument le plus efficace pour retrouver LE mail à 1 million d’euros ; l’identification des écrits engageants suivie d’un archivage documenté est quelquefois plus efficace. Autrement dit, on ne fera peut-être rien de mirobolant avec des règles sans outils mais il est vain de s’en remettre aux outils sans règles.

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2 Responses to Information numérique. Le coût du stockage face au bénéfice du management

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  2. CAZENEUVE says:

    Ce billet est réconfortant et vivifiant pour quelqu’un qui place l’intelligence des hommes avant l’algorithme complexe mal adapté pour résoudre des problèmes de bon sens.
    A une autre échelle, il est aussi absurde de voir la boulangère prendre sa calculette pour rendre la monnaie à M. Dupont qui lui achète sa baguette quotidienne. Et ce n’est pas le seul exemple dans la sphère personnelle ou professionnelle de chacun.
    L’individu est-il à ce point déstructuré pour ne pouvoir agir qu’à travers un outil, au risque de perdre la notion de coûts parfois économiquement rédhibitoires; car la machine ne peut restituer que ce qu’on lui a appris. Elle n’a pas d’esprit critique!
    A croire que notre société pilotée par les indicateurs financiers et le marketing outrancier est capable de tout régenter et de nous amener dans l’impasse. La crise des subprimes en est peut être la meilleure illustration récente.
    Le tout cloud computing,associé à l’idée qu’il s’agit de la meilleure solution économique du moment, n’exonère pas d’une réflexion sur l’analyse des risques qu’il sous-tend. Tous les oeufs sont dans le même panier! et il est de plus en plus grand, sans toujours savoir qui va être capable de le porter… Finalement un tout petit panier ne suffirait-t-il pas pour conserver ce qui a de la valeur, comme le préconise l’archivage managérial. Pourquoi faire simple si l’on sait faire compliqué. A vous de juger.

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